Rien ne ressemble plus à une visite officielle qu’une autre visite officielle. On pousse des portes, on fait des « oh » et des « ah » et on finit, inlassablement, par un verre de l’amitié.

Au collège de la Fontaine-Margot, naguère baptisé Kéranroux, le programme devait être celui-là en cet après-midi maussade où un puissant aréopage de conseillers départementaux venait voir si les 200.000 € alloués à l’établissement avaient été utilement dépensés. À l’arrière du cortège, Benjamin, Pio, Anissa, Salma, Enzo et Jérémie attendent leur heure. Ils sont tous élèves de 3e et, pour tous, sauf Benjamin, usent leurs fonds de culotte à Kéranroux depuis la 6e. Dans le CDI plus que rénové, ils racontent à l’écart des cravates. « Le hall vient d’être refait, repensé et le collège s’est orné de plaques de couleurs. C’est nous qui avons choisi », déclarent-ils, en corrigeant qu’ils ont voté via Pronote pour le projet qui les emballait le plus. Le même processus que celui qui les avait conduits, il y a quelques mois, à débaptiser Kéranroux. Plus tard, le principal, Gilles Cornillet, racontera que c’est le vote des adultes qui avait fait pencher la balance vers la Fontaine-Margot, les élèves ayant choisi, à une courte majorité, la voie conservatrice.

Nouvelle ambiance

Mais enfin : cette implication réelle dans la vie quotidienne de l’établissement est l’arbre qui préfigure la nouvelle forêt. « L’ambiance a vraiment changé », se réjouit Anissa, « le collège est largement mieux aujourd’hui qu’hier ». Et ce n’est pas la sonnerie au rythme de Coldplay « qui vient de changer » qui jettera la première ombre au tableau. Salma évoque, pour sa part, la nouvelle utilisation de la pause méridienne où « l’on voit des films que nous avons choisis ». De la même façon, il y a de la musique au foyer relooké, et, là encore, ce sont les collégiens qui ont eu la mainmise sur la play-list, « dans le respect de ce que l’on écoute tous ». Et lors de l’heure de perm, naguère puissante purge, « nous avons accès aux tablettes pour travailler. On peut aussi écouter un peu de musique si on veut ». Comme le disait le prix Nobel de littérature Bob Dylan, les temps changent.

Chercheur d’or.

Gilles Cornillet peut être fier. Après avoir fait le tour complet de ce qui a changé dans ce collège autrefois « pas moche mais très minéral », ce CDI « pas horrible mais à refaire », cette salle de perm « utilisable mais jaunâtre », il revient sur le leitmotiv qui anime Kéranroux depuis quelques années. « Notre force, c’est ma mixité sociale. Nous savons que dans dix ou quinze ans, ce collège sera celui du quartier de 1.000 logements qui pousse à côté ». Il faut donc donner aux gens de venir, étrangler dans l’oeuf les demandes de dérogations qui montrent que nous avons encore un problème d’image, qui est totalement usurpé ». Il dit ne pas avoir à lui les pépites des classes internationales ou des classes sportives pour faire briller le tout. « Le fait d’être un collège préfigurateur, d’être un collège connecté ne nous apporte pas la même aura, même si nous sommes ravis d’avoir été les premiers », assure Gilles Cornillet. Alors, il sait que la bonne réputation passera par chaque détail, par chaque attention. « Les enfants, ici, ils ne demandent rien. Quand je suis arrivé, il y avait deux bancs pour 300 dans la cour ».

Résultats à haut niveau

Petit à petit, les choses ont bougé, le confort s’est accru. « Les convaincus sont encore plus convaincus une fois qu’ils sont venus », lâche-t-il sous forme de boutade, reprenant son sérieux, en martelant « que pour un collège de REP, nous avons le meilleur taux de réussite entre la seconde et la terminale pour tout Brest ». Et de lever les bras au ciel : « Nous, nous avons environ 13 de moyenne au brevet en maths, français, histoire-géo. C’est comparable aux établissements du centre-ville. Eux, c’est normal, nous, on rame pour faire venir les élèves des écoles ». Dans leur coin, le groupe des 3e a souri. Eux, ils savent et ils le disent à leurs potes extérieurs. Aujourd’hui, la Fontaine-Margot, c’est de la balle.

Voir en ligne : Télégramme du 8 mars 2017.