Elles vont changer les choses, peut-être. Changer de regard sur les sciences et embrasser des voies qui leur semblaient interdites. Les collégiennes de quatre établissements du bassin brestois ont fait mentir le genre, ce mardi, à l’Ensta, et montré que coder, c’est mixte. Au moins.

Bravo aux filles de la Fontaine Margot
Bravo aux filles de la Fontaine Margot

Elles sont 52 collégiennes, venues des trois établissements en réseau prioritaire brestois (Kerhallet, Pen ar Ch’leuz et La Fontaine Margot) ainsi que du collège des Abers de Lannilis. 52 à déambuler dans le grand hall d’accueil de l’École nationale supérieure des techniques avancées (Ensta) Bretagne pour présenter à qui le veut le succès de leur immersion dans le monde étrange et pénétrant du code informatique.

Ici, sur des supports légers et faciles d’accès, certaines ont créé des jeux comme le pendu ou pierre-feuille-ciseau. Là, d’autres ont revisité l’art en quelques clics. Le projet, nommé « L crée, L code », a exclu les gars du champ d’action afin de permettre aux collégiennes de se convaincre que la science, et spécialement la science informatique, n’était pas l’unique terrain de jeu des mâles.

Des portes à ouvrir

C’est que le temps presse, à en croire autant Gilles Cornillet, principal du collège de La Fontaine Margot, que Cécile Plaud, enseignante en sciences humaines à l’Ensta. Pour une raison que la prof enkyste dans le lot des habitudes, les jeunes filles rechignent à suivre ce type d’études quand une légion masculine s’y engouffre chaque année. « Si on ne les force pas, elles ne le font pas. Mais quand elles s’y mettent, elles sont souvent bien meilleures que les garçons », appuie le principal.

Voici pourquoi entre l’école et les collèges, la mode a tourné au féminin pour cette première expérience. Car pour encadrer les plus jeunes, ce sont neuf élèves ingénieures qui ont trouvé le chemin des classes afin d’encadrer le travail de codage. Mathilde Renault, élève en première année, fait partie de celles-là. « Nous leur avons appris les bases, nous avons échangé, nous leur avons dit qui nous étions. Que l’on pouvait devenir ingénieur quand on était une fille ». Et d’ajouter : « Nous avons autant appris qu’elles à leur contact. C’était très enrichissant ».

Nina, Maëline et Louna acquiescent. En troisième à La Fontaine Margot, elles disent avoir apprécié les quatre séances. Même si, pour deux d’entre elles, les sciences attendront. « On a trop de mal en math ou en physique », avancent celles qui rejoindront l’Amiral Ronarc’h à la rentrée. Pour la troisième, en revanche, un monde s’est entrouvert.

Des stéréotypes inconscients

« L’important sera de pérenniser l’événement », assure Gilles Cornillet, qui sait que Rome ne s’est pas fait en un jour et que l’inversement des tendances peut prendre un certain temps. Il est cependant ravi qu’« une fois de plus », le réseau d’éducation prioritaire soit à la pointe du progrès, « parce que nous sommes dans des parcours d’excellence ».

« Moi, je sais qu’ingénieure peut finir par un e », contrebalance Mathilde Renault, qui devient soudain militante et appelle toutes les filles volontaires à rejoindre la cohorte dont elle fait partie. Elle est rejointe par Maria-Caroline Griseri, du groupe Arkéa, partenaire de l’initiative, qui pointe les différences de genre selon les services et « ce service informatique qui peine à recruter des femmes ». Cécile Plaud sourit. « Les stéréotypes sont inconscients, ils affleurent partout. Mais les gens ne le font pas exprès. Il faut forcer les choses, sinon elles ne bougeront jamais ». Elle sait de quoi elle parle : à l’Ensta, le nombre de filles varie de 20 à 24 % d’années en années. La route est longue…

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Voir en ligne : Telegramme de Brest du 5 juin 2019